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Respire marche pars va-t'en
--> Feuilles de route
Parce que demain, je vais accrocher des lumières de Noël dans la cafet', et leur lire du Cendrars, aux Américains. Et ça va être beau, même s'ils ne le sauront pas. Juste un instant de poésie dérobée de plus. Je leur ai fait écouter Le Petit Chose l'autre jour, en Atelier d'Ecriture, et c'était étrange, les mots de Tryo contre leurs oreilles anglophones.
Mais c'est pas grave, c'est joli cette délicatesse clandestine et les questions allumées dans leurs yeux. Brillantes comme les guirlandes qu'on m'envoie enrouler aux colonnes.
C'est grâce à Marie-Aude Murail et ses histoires de yourtes mongoles que j'avais pisté Cendrars. Je connais plus le personnage que ses textes, captivant bourlingueur mutilé qui s'inventait des noms et des vies, errait des romans à la poésie en passant par le bout du monde. Marie-Aude Murail, celle qui m'avait dit "va où ton cœur te porte", et
ça m'avait semblé important, à l'époque. Marie-Aude Murail, aussi, et surtout, le premier écrivain qui m'ait fait rire et pleurer à la fois.
Et m
ême qu'Arsène, mon flic bancal, l'articulation de feu ma novella, celui qui roule en Harley ou Vespa -selon les jours, mais toujours avec side-car-, lit Nietzsche dans le texte, se déguise en enquêteur de série TV quand il ne s'endort pas en kimono dans le jardin, entretient des conversations existentielles avec son chat, est une groupie d'Odiseu -le meilleur groupe de Funk Psychédélique Roumaine et peut-être même de Funk Psychédélique tout court, selon lui-, délaisse son portable dans le frigo, et contemple la beauté de la forme adoptée par une flaque de sang sur le lieu du crime. Arsène, donc, se balade avec Feuilles de Route calé sous le bras pour toute investigation. Parce que Tu es plus belle que le ciel et la mer.

Mais pour l'instant, c'est encore aujourd'hui. Et aujourd'hui j'ai tiré mes premières balles, parce qu'il faut bien vivre toute l'authenticité de l'expérience Texane. Je n'ai jamais éprouvé de dégoût envers les armes elles-mêmes, je ne pense pas que le problème émane d'un morceau de métal froid en soi. Mais pas davantage de fascination morbide pour cette incarnation de puissance et violence. Et
ce n'était même pas aussi 'impressionant' que j'aurais crû, c’était pas grand chose en fait. C'était juste absorbant, parce que le fracas environnant et la concentration sur la cible dérobent un peu tout l'espace à la pensée, et ça fait du bien d'être absorbé, parfois.
Aujourd'hui aussi, j'ai subtilisé une balle de golf à un terrain vague -en souvenir d'un vieux cadeau au fond d'un tiroir-, rencontré un oiseau juché sur un fil barbelé sur fond de ciel bleu, joué les funambules de béton peureux, et découvert qu’aller pieds nus sauvait des grenouilles. Aujourd'hui, je n'ai pas marché dans une fourmillière, je n'ai pas croisé de serpent obèse. Et je n'ai pas grill
é de stops en tricycle non plus.
Ecrit par Plog, le Jeudi 20 Mai 2010, 01:59 dans la rubrique This house is a circus.